Un « Voyage de Recherches »

photo-1Jelena Stanoev, étudiante à l’Université du Luxembourg raconte comment ses origines l’ont amenée à créer un objet d’art utilisant l’alphabet cyrillique.

Jelena, que peux-tu me dire sur toi ?

Je suis étudiante en 2ème année en BScE (Bachelor en Sciences de l’Education) mais actuellement dans un échange Erasmus dans une université de Paris jusque fin juin. J’ai 20 ans et je suis arrivée à Luxembourg à l’âge de 4 ans. Avant, je vivais en Serbie avec mes parents.

En quoi consistait le projet qui t’a été confié dans le cadre de ton cours ?

Il s’agissait du cours « Lettres de l’alphabet, chiffres et formes ». Les consignes qui nous avaient été données étaient volontairement vagues : notre professeur souhaitait laisser libre cours à notre créativité et éviter de nous brider en nous imposant des règles strictes. Notre œuvre d’art devait contenir soit des lettres, soit des chiffres ou encore des formes.

Il y avait deux phases : la 1ère était consacrée aux recherches scientifiques. En effet, la seule « contrainte » était d’intégrer les sciences à notre projet. Il est important de s’y intéresser, car une œuvre artistique se doit d’être méthodiquement pensée, en plus d’être esthétiquement agréable. L’ensemble des informations récoltées a été regroupé dans un carnet de recherches, rendu par la suite à notre professeur.

La seconde phase était naturellement la création propre.Photo-3

Comment en es-tu venue à l’idée de créer cet « abécédaire » cyrillique ?

L’utilisation de l’alphabet cyrillique m’est apparue comme une évidence, de par mes origines serbes et bulgares. Toutefois, pendant la phase de recherches, j’ai dû me poser les bonnes questions pour pouvoir représenter les informations que j’allais recueillir dans une œuvre d’art : pourquoi ce sujet, que signifie-t-il pour moi (réflexion sur ma vie personnelle), ai-je déjà été en contact avec la thématique.

Un « Voyage de Recherches » a donc débuté pour moi, mais je gardais ces questions à l’esprit. J’ai décortiqué mes photos de famille, je me suis replongée dans le début de mon enfance, j’ai fait appel aux souvenirs de mes parents… Les musées ont été également des lieux d’inspiration : j’y ai découvert des œuvres qui traitaient du même thème.

Quelle relation entretiens-tu avec cet alphabet ?

Jamais je ne l’ai appris à l’école, puisque je suis arrivée très jeune au Luxembourg. Je sais parler le Serbe, mais l’alphabet cyrillique a toujours été intrigant. Je me souviens, quand mon père lisait des journaux en serbe, je voulais moi aussi comprendre ces « symboles bizarres ».

Alors, vers 11-12 ans, mon père m’a offert un livre d’écriture pour apprendre cet alphabet par moi-même. Maintenant, je sais lire les lettres et j’en suis fière.

Photo-4Et la phase de création ?

Le but n’était pas de reproduire un objet existant, mais bien d’en créer un totalement nouveau, en y intégrant notre touche personnelle.

J’ai utilisé un cadre en bois que j’ai recouvert de papier mâché fait avec des photocopies de livres serbes. J’ai ensuite cloué des lignes en ficelle sur lesquelles j’ai accroché les lettres de l’alphabet cyrillique en carton préalablement décorées : laine, café, aluminium, peinture et même poivre ; j’ai utilisé les choses du quotidien.

Ensuite, selon le principe de l’abécédaire, j’ai créé des petites fiches avec la lettre correspondante en alphabet latin, un mot commençant par le même son (en allemand) et une image le représentant. En bas du cadre, j’ai suspendu une « guirlande » de trombones sur laquelle j’ai fixé des touches de clavier d’ordinateur utilisant l’alphabet cyrillique. Le tout a nécessité une semaine.

Comment tes professeurs et camarades ont accueilli ton œuvre ?

Après la soutenance en janvier dernier, leurs commentaires ont été très positifs. Ils ont apprécié de pouvoir en apprendre un peu plus sur mes origines et ont trouvé l’œuvre bien pensée.

Quel est ton recul par rapport à ton travail ?

Partager un peu de ma culture avec mes professeurs et camarades a été un réel bonheur. Et puis, cela m’a aussi permis de renouveler mes connaissances dans ce domaine.

Même si à la base l’alphabet cyrillique paraît plutôt compliqué, je pense qu’avec cet abécédaire, tout le monde peut le comprendre.

Et quid de l’avenir de ton œuvre ?

Pourquoi pas l’utiliser plus tard dans les écoles ? J’en serais très fière !

Students
Les étudiants de BScE bénéficient d’une formation alliant la théorie à la pratique. Au cours de leur cursus, ils travaillent à la fois en étroite interaction avec leurs enseignants sous forme de tutorats et sous forme de séminaires, tout en disposant de temps pour un travail en autonomie. Ils doivent partir en mobilité pour au moins un semester à l’étranger. Pendant chaque semestre, ils sont amenés à effectuer des stages au cours desquels ils se voient confier, au fur et à mesure, des responsabilités au sein d’une classe.